25 avril 2018
Les élections présidentielles au Venezuela auront lieu le 20 mai 2018. Cette convocation du Peuple aux urnes sera l´occasion de demander aux citoyens qu´ils fassent un choix sur le futur de leur pays, de la forme la plus souveraine et démocratique qu´il soit. Le chavisme, emmené par Nicolas Maduro, affrontera quatre candidats d´opposition dont Henri Falcón (1). Cet ancien gouverneur de l´Etat du Lara a été le directeur de campagne du candidat d´opposition Henrique Capriles Radonski aux dernières élections présidentielles de 2013. Avec 22% d´intention de vote dans les sondages, il est aujourd´hui le candidat d´opposition le mieux placé pour tenter de ravir l´exécutif au président sortant. Nicolas Maduro, quant à lui, est désormais crédité de 52% des intentions de votes (2). Situation improbable si l´on s´en tient aux couvertures médiatiques dominantes mais qui reste parfaitement rationnel dans le contexte vénézuélien, où le chavisme conserve une forte base électorale.
C´est
donc une élection cruciale qui se tiendra fin mai 2018, et qui
permettra au vénézuéliens de définir le cap politique du pays pour les
six prochaines années. Rien de très original pour un pays qui compte 25
processus électoraux répartis sur les 19 ans de Révolution Bolivarienne.
Sauf que ces élections auront lieu au Venezuela, où se déroule une
terrible guerre de quatrième génération, dont la bataille de
l´information est un des axes centraux.
Plusieurs
opérations psychologiques ont déjà été mises en œuvre depuis
l´accession d´Hugo Chávez au pouvoir. La dernière en date visait à faire
accepter dans l´opinion publique internationale un changement de régime
par la force au lendemain de l´élection d´une assemblée constituante,
le 30 juillet 2017. Devant l´incroyable mobilisation des électeurs
vénézuéliens en faveur du projet de nouvelle constitution, cette
objectif a du être avorté. Mais il a causé de grands torts, et la
propagande déployée à ce moment a réussi à faire admettre comme
véridique toute une série de matrices d´opinion mensongères. C´est à
partir de ce terrain fertile que le système médiatique s´apprête une
nouvelle fois à nous prendre pour cible, pour essayer de nous faire
accepter comme logique une intervention anti-démocratique contre le
gouvernement du Venezuela.
Ce
scénario n´est pas à prendre à la légère. Jamais la possibilité d´une
attaque militaire n´avait été aussi propice qu´en ce moment. Le
président des Etats-Unis, Donald Trump, ne l´a d´ailleurs pas exclu (3).
Après le fiasco de l´intervention en Syrie, un renversement du
gouvernement bolivarien pourrait redorer le blason militaire des
Etats-Unis dans ce qu´il considère comme son pré-carré. Par ricochet,
c´est aussi un bon moyen pour Washington de tester la détermination
russe à défendre un monde multipolaire et de savoir sur combien de
théâtres d´opération le Kremlin peut-être présent simultanément.
Il
s´agit désormais pour le système médiatique de convaincre l´opinion
publique du bien fondé d´une intervention. Jusqu´aux prochaines
élections présidentielles, nous allons donc assister à un matraquage
visant d´une part à délégitimer la portée démocratique du processus
électoral, et d´autre part à créer dans l ́opinion publique un laisser
faire en cas d ́intervention étrangère.
Nous
devons donc nous préparer à faire face à une opération psychologique de
grande ampleur s´appuyant sur plusieurs contre-vérités élaborées depuis
des années contre le gouvernement bolivarien. Les médias dominants ont
ainsi construit plusieurs matrices d´opinions légitimant chacune un
prétexte pour une intervention contre le pays de Bolivar.
Une intervention pour rétablir la démocratie
Image d´intervention occidentale pour "rétablir la démocratie"
En
janvier 2018, un accord semblait avoir été trouvé à propos d´une
vieille rengaine des Etats-Unis et de leurs alliés vénézuéliens : la
convocation à une élection présidentielle anticipée (4). L´accord
portait sur les garantis électorales et la date de l´élection
initialement prévue en avril.
Or
comme le souligne Jorge Rodriguez, ministre de la communication et chef
de la commission de dialogue pour le gouvernement : « Tout
était prêt [pour la signature de l´accord] jusqu’au pupitre où nous
devions faire nos déclarations officielles. Et puis, dans l’après-midi,
Julio Borges, l’ancien président de droite de l’Assemblée nationale, a
reçu un appel téléphonique de la Colombie de l´ancien secrétaire d’État
américain, Rex Tillerson (…) L’opposition nous a alors annoncé qu’elle
ne signerait pas l’accord. De retour à Caracas, José Luis Rodriguez
Zapatero a envoyé une lettre à l’opposition pour lui demander quelle
était son alternative dès lors qu’elle refusait de participer à une
élection présentant les garanties sur lesquelles elle avait elle-même
travaillé” (5). La frange la plus radicale de l´opposition décidera
alors de boycotter les élections pour laisser croire que Nicolas Maduro
se présente seul dans la course au Palais de Miraflores.
Malgré
le fait que quatre opposants se présentent contre le président sortant,
cet argument a largement été repris par le système médiatique pour
laisser croire à l´opinion publique que le gouvernement bolivarien
truque les élections et organise une parodie de démocratie. Plusieurs
gouvernements ont d´ores et déjà annoncé qu´ils ne reconnaitront pas les
résultats de la prochaine élection présidentielle : les Etats-Unis, les
pays latino-américains membres du groupe de Lima (6), ainsi que le
royaume d´Espagne ou la République française. Or ce que ne montrent
jamais les médias, c´est que les conditions sont parfaitement réunis
pour des élections démocratiques et transparentes.
Au
Venezuela, pour éviter les fraudes, les élections ne sont pas
organisées par l´exécutif. La Constitution de 1999, qui reconnaît
l´existence de cinq pouvoirs indépendants - l´exécutif, le législatif,
le judiciaire, le moral et le pouvoir électoral- laisse à ce dernier la
tâche d´organiser les processus électoraux, en fonction de la Loi
organique des processus électoraux. Ce cadre légal, adopté en 2009, n´a
pas été modifié depuis. Il a notamment permis l´élection de Henrique
Capriles comme gouverneur du puissant Etat de Miranda (par 2 fois), a
reconnu l´élection d´Antonio Ledezma comme maire de l´agglomération de
Caracas ou encore celle de Julio Borges comme député à l´Assemblée
Nationale. Aucun des élus de l´opposition n´a jamais émis un doute sur
le bon déroulement du suffrage qui l´a donné vainqueur, et l´opposition
n´a elle-même jamais remis en cause le cadre légal des processus
électoraux. Lorsque les médias nous parlent d´une élection illégitime,
pourquoi ne se réfèrent-ils pas à la législation qui encadre le vote des
citoyens au lieu de se faire les porte-paroles d´une opposition bien
peu démocratique ?
Comment
vote-t-on au Venezuela ? Voilà une bonne question jamais traitée par le
système médiatique. Explications : Tout d´abord, chaque parti politique
a le droit de postuler ses partisans comme assesseurs dans les bureaux
de vote, ainsi qu´une liste d´observateurs nationaux et internationaux.
Ensuite, le Centre National Electoral (CNE) convoque, en présence de
tous les partis, à un audit préalable du logiciel utilisé pour la
collecte des données. Des observateurs de chaque parti politique
suivront le processus électoral depuis le siège du CNE mais aussi depuis
l´entreprise de télécommunication en charge de la transmission des
données. Chaque étape doit être approuvée par tous les participants. Et
de fait, elle l´a toujours été jusqu´a maintenant.
En
ce qui concerne le vote (7), le Venezuela utilise un double système
électronique et manuel. Lorsqu´on entre dans le bureau de vote, on
s´identifie au moyen de sa carte d´identité et d´une machine de
reconnaissance d´empreinte digital. Il est donc impossible de voter deux
fois. Ensuite on choisi son candidat sur une machine qui demande
confirmation du vote. Une fois confirmé, la machine émet un ticket avec
le nom du candidat, que l´électeur place dans une enveloppe et dépose
dans une urne. Pour finir, après avoir signé le registre électoral, il
trempe son petit doigt dans de l´encre indélébile pour s´assurer une
deuxième fois qu´il ne répètera pas son vote. Le soir des résultats, le
CNE procèdera à un audit où seront tirés au sort, devant les
responsables des différents partis, les bureaux de vote ou l´on
vérifiera le résultat électronique. Il s´agira alors de comparer les
résultats obtenus dans l´urne après dépouillement avec le résultat
électronique. Jamais une erreur n´a été détecté au cours des multiples
processus électoraux.
Lorsque,
mauvais perdant, Capriles Radonski avait contesté l´élection de Nicolas
Maduro en 2013, le CNE a ouvert 100% des urnes pour les comparer avec
le résultat électronique qui donnait une courte marge de 1,49%. Après
avoir fait abattre 11 chavistes par ses partisans et mis le pays à feu
et à sang pendant plusieurs semaines, Capriles Radonski avait bien du
reconnaître sa défaite (8).
Ces
garanties pour blinder le résultat a conduit l´ancien président
étasunien Jimmy Carter à définir le système électoral vénézuélien comme
étant « le meilleur du monde » (9). Ce sont les mêmes procédures qui
définiront le vote de l´élection présidentielle du 20 mai 2018.
En
« oubliant » systématiquement de présenter le fonctionnement du système
électoral vénézuélien, les médias nous prennent pour cible. Ces
omissions lorsqu´elles laissent place à de véritables campagnes de
propagande sont criminelles. Comme tout semble indiquer que Nicolas
Maduro devrait remporter les prochaines élections (10), la non
reconnaissance du caractère démocratique de ces élections par les médias
vise à légitimer une intervention étrangère pour « rétablir la
démocratie » comme ce fut le cas en Haïti ou en Serbie.
Une intervention contre un Etat voyou (Rogue State) ou en déliquescence (Failed State)
Image d´intervention occidentale pour lutter contre un Etat voyou ou en déliquescence
Le mot a été lâché plusieurs fois par le vice-président des Etats- Unis (11). L´Etat vénézuélien serait en déliquescence ou même serait un Etat voyou.
Selon
les officines de propagande étatsunienne et leurs relais médiatiques,
le Venezuela ne compterait plus sur un système institutionnel qui
fonctionne mais dépendrait du bon vouloir d´un dictateur et d´une milice
qui assurerait sa protection et son maintien au pouvoir. L´année 2017 a
donné lieu à plusieurs constructions médiatiques autour de ce thème.
Reprenons la chronologie des évènements pour ne pas être victime des
bombardements médiatiques sur ce sujet sensible.
A
la suite de l´élection législative de 2015, où l´opposition avaient
remporté 112 des 167 sièges, une plainte pour fraude fut déposée dans
trois circonscriptions. Une telle mesure n´est pas propre au Venezuela,
c´est une procédure similaire qui avait été engagé contre l´ancien
premier ministre français Manuel Valls, dont l´élection comme député
avait été suspecté de fraude électorale (12).
Après
enquête, l´élection de ces députés de l´Etat d´Amazonie fut invalidée
par le tribunal électoral qui rappela les citoyens aux urnes dans ces
trois circonscriptions. Préférant le bras de fer au libre choix
démocratique, le président de l´Assemblée Nationale d´alors, Henry Ramos
Allup pris la décision de ne pas respecter l´arrêt du pouvoir
électoral. Comme le stipule la Constitution, c´est le Tribunal Suprême
de Justice (TSJ) qui a tranché et a déclaré l´Assemblée Nationale en
situation d´outrage judiciaire tant que l´élection des trois députés
n´aurait pas lieu. En conséquence, toutes les décisions de l´Assemblée
nationale furent considérées comme nulles par le TSJ tant que
perdurerait cette situation. Cette tension institutionnelle a concerné
les pouvoirs législatif, judiciaire, et électoral. Elle est même assez
symbolique de la vivacité et du bon fonctionnement des institutions
vénézuéliennes qui ne permettent ni vide juridique ni absence de
pouvoir. Et où le fil constitutionnel n´a jamais été rompu. Il faut
noter que dans cette confrontation, l´exécutif n´a pu prendre aucune
décision.
Malgré
cela, les medias internationaux ont propagé l´idée que les institutions
ne fonctionnait plus au Venezuela et que le président Maduro s´était
accaparé tous les pouvoirs en faisant taire une Assemblée
contradictoire. Ce conflit juridique se doublera rapidement d´une
tentative de putsch avorté. De mars à juillet 2017, de violents
affrontements entre groupes armés et forces de l´ordre feront 142 morts
et plus de 800 blessés. Immédiatement, une campagne médiatique s´est
mise en branle pour attribuer au gouvernement bolivarien la totalité des
décès survenus. Après enquête, il s´avèrera que prés de 70% des morts
sont imputables de manière directe ou indirecte aux groupes de choc de
l´opposition (13).
L´élection
de l´Assemblée constituante et les élections locales qui suivirent ont
permis un retour au calme mais la propagande des médias a fait son
chemin et l´idée d´un Etat en déliquescence, où les institutions ne
fonctionneraient plus, a labouré les esprits, manipulés par les
entreprises de communication. C´est dans cet optique là qu´il convient
de comprendre le récent show médiatique monté par l´opposition pour
juger et capturer le président Maduro (14).
Un
nouveau «Tribunal Suprême de Justice en exil » désigné par une
Assemblée Nationale dont les décisions sont considérés comme nulles a
décidé, en se basant sur la demande de l´ancienne procureure de la
République Luisa Ortega, destitué et recherché par la justice pour
corruption (15), de procéder au jugement du président vénézuélien pour
corruption, et de solliciter sa capture par Interpol. L´Assemblée
Nationale a ensuite approuvé la demande de ce pouvoir judiciaire fictif,
et Luisa Ortega a « ordonné » aux Forces Armées de capturer le
président.
Ce
qui ressemble à une mauvaise blague s´inscrit dans cette stratégie de
faire passer le Venezuela pour un Etat en déliquescence. En créant
illégalement des institutions judiciaires parallèles (TSJ et Procureur
« en exil »), l´opposition prétend donner l´impression d´une crise
institutionnelle. Cette situation d´ingouvernabilité artificielle
pourrait justifier à son tour l´intervention de pays qui ne
reconnaitraient pas les véritables pouvoirs légaux en place. Rappelons
nous que la constitution de pouvoirs parallèles en exil a toujours été
le prélude d´aventures militaires comme ce fut le cas en Libye et en
Syrie.
De
la même manière, et sans aucune preuve, le Venezuela est accusé d´être
une « narco-dictature », prémisse nécessaire avant d´être qualifié
d´Etat voyou. En 2015, le député chaviste Diosdado Cabello et un groupe
de militaires furent accusés, sans aucune preuve tangible, d´appartenir
au mystérieux Cartel de los Soles (16). L´accusation ne reposaient que
sur les témoignages d´anciens membres de l´administration vénézuélienne
« réfugiés » aux Etats-Unis après avoir été poursuivis par la justice de
leur pays pour corruption. Mais le système médiatique s´emballa. Les
grands groupes de communication allaient construire une « vérité » par
un astucieux système de triangulation de l´information. Ainsi, le
Washington Post citait comme preuve un article du journal espagnol ABC,
qui allait être ensuite repris par le Wall Street Journal, puis par les
journaux colombiens, qui eux même invoquaient les articles de leurs
confrères européens, et ainsi de suite. Seul problème, l´absence
manifeste de preuve. Aux dernières nouvelles, trois ans après cette
affaire les preuves sont rangés dans le même dossier que celles sur les
armes de destruction massives iraquiennes ou sur les armes chimiques
syriennes.
Peu
importe, l´idée a germé dans l´opinion publique pour qui le Venezuela
bolivarien, malgré ses efforts dans la lutte anti drogue, est désormais
associé au narcotrafic. Cette matrice du narco-état allait être
renforcée par l´arrestation par la DEA, de deux membres de la famille de
la femme du président Maduro, accusés de trafic de cocaïne. Encore une
fois, aucune preuve ne reliait cette arrestation à une entreprise
illégale organisée depuis le plus haut sommet de l´Etat.
Qu´importe,
pour le système médiatique, le Venezuela est devenu une
« narcodictature » (17). Cette précipitation du tribunal médiatique est
aussi étonnante que sélective. La même année, les fils du président du
Surinam et d´un ex président de la Mauritanie ont été arrêtés et
condamnés pour trafic de drogue (18). Pourtant, aucun média n´a utilisé
ces faits divers pour transformer les deux pays mentionnés en
narco-état.
Ne nous laissons pas abuser par les fake news
des médias dominants. Le récit médiatique qui vise à transformer le
Venezuela en Etat de déliquescence ou en Etat-voyou n´a qu´un but :
justifier une intervention étrangère comme ce fut le cas lors de
l´opération Juste Cause au Panama, ou lors des destructions de l´Afghanistan ou de la Libye.



