Réinformer
sans cesse l’honnête citoyen(ne) face à des journalistes qui s’estiment
dispensés du devoir d’enquêter et de rectifier leur « actu »
copiée/collée, nous enlève un temps précieux qui peut servir à
visibiliser le Venezuela populaire. L’élimination de cet acteur est
précisément un des objectifs des médias. Il faut empêcher
l’identification avec ces « autres » qui sont un « nous ailleurs »,
occulter ce peuple vénézuélien, son travail, son Histoire, ses rêves,
ses mille expériences à raconter. On dit souvent « on veut envahir le Venezuela à cause son pétrole »
et ce n’est vrai qu’en partie. Sa matière première principale c’est ce
peuple qui reste debout. Son effacement dans les médias est au fond un
préalable dans la stratégie d’élimination tout court.
Il faut sortir de la simple « critique des médias », initier ensemble
la démocratisation et la réappropriation radicales de l’information,
créer de nouvelles manière de faire. Avec la
télévision paysanne Terra TV, nous voulons humblement contribuer à
réinventer notre souveraineté audio-visuelle, pour la partager
directement de peuple à peuple, sans intermédiaires privés, libérés de
cette globalisation qui nous oblige encore à passer par de grands
groupes privés de communication. On peut voir ici tous les reportages produits en quelques mois par notre équipe: https://www.facebook.com/terratv2018/ Nous
sommes maintenant très proches de l’objectif (89% de la somme
recueillie) pour créer Terra TV grâce à 132 donateurs (trices). Si vous
souhaitez exprimer votre solidarité, vous pouvez le faire ici: https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv
1. « Il vente » de Victor Hugo Rivera : « La caméra était une compagne qui marchait avec nous » (25 min, ST FR, sortie: avril 2019)
« Victor Hugo Rivera, réalisateur et formateur intégral de Terra TV (photo) raconte : « Il
vente » a surgi d’un reportage sur une marche paysanne dans l’Etat de
Falcon. J’ai vu beaucoup d’espace et entendu de plus en plus de choses,
je me souviens que le premier jour je voyais beaucoup de ciel et les
montagnes et les étoiles rendaient l’endroit magique. Avant de filmer
j’ai parlé beaucoup avec les gens jusqu’à devenir… inaperçu, pouvoir
être invisible… J’écoutais beaucoup les gens… je me souviens de ce
monsieur de 82 ans qui parlait peu, j’ai filmé un peu de son travail
chaque matin, le dernier jour il m’a rattrapé avec une tasse de café et
une arepa avec du fromage de chèvre.

« Chaque
fragment que j’enregistrais, devenait comme… un symptôme… comme un
miroir peut-être… le visage des choses, des espaces que l’on traversait,
au-delà de l’esthétique propre au lieu, transmettait beaucoup de vie,
la présence constante du vent, souvent je n’ai pas filmé la « belle
image » par respect, par besoin d’écouter. C’étaient des moments
éphémères que l’on passait avec les gens et l’on percevait l’énergie de
ceux qui transforment le monde en toute simplicité.
Toutes ces choses ont précédé l’objectif central, qui était filmer la deuxième Marche Paysanne dans l’état de Falcon. C’était un défi titanesque d’emmener tout le monde à Coro, mais avec tout le reste cette image a gagné en force au moment de visualiser le matériel durant environ un mois et cinq jours, pour la relier à tant d’expériences vécues avec les habitants.
Toutes ces choses ont précédé l’objectif central, qui était filmer la deuxième Marche Paysanne dans l’état de Falcon. C’était un défi titanesque d’emmener tout le monde à Coro, mais avec tout le reste cette image a gagné en force au moment de visualiser le matériel durant environ un mois et cinq jours, pour la relier à tant d’expériences vécues avec les habitants.
« A
aucun moment je n’ai imposé le geste formel du tournage, la caméra
était une compagne qui marchait avec nous, il n’y avait pas l’attitude
égocentrique de l’artiste qui vient faire les plans, non, on part avec
toute la simplicité pour faire son travail et toute cette énergie est
transmise dans la réalisation. Dans la magie du montage, il y a une
intensité de chaque espace, il semble qu’il devient encore plus dense,
on a l’impression que dans chaque plan il y a des idées, des moments
fugaces qui cherchent à parler directement au spectateur. »
« La bataille d’El Maizal » de Juan Jose Moreno et Miguel Escalona. :« Ces visages où on reconnaît le mieux Chavez » (25 min., ST FR, sortie avril 2019)

Silvana Solano accompagnait le réalisateur de Terra TV Juan José Moreno « Jota » lors du tournage. Elle raconte :
« Avant de vivre la bataille productive dans la commune d’El Maizal, j’avais peu entendu parler des Equipes de Production Ouvrière.
Je me souviens que quelqu’un sur mon lieu de travail avait mentionné
ces initiatives d’échange de savoirs entre travailleurs des entreprises
d’État, qui possèdent de grandes connaissances en réparation et en
entretien, et qu’elles pouvaient être organisées pour améliorer les
conditions de production mais cela n’avait pas été approfondi davantage.
Du 4 au 9 février 2019, aux côtés des compagnes(ons) d’El Maizal, j’ai
mieux compris ce que sont les Equipes de Production Ouvrières,
leurs objectifs, et les avantages sociaux qu’elles cherchent à générer.
J’ai pu palper concrètement l’idée centrale: faire face à une guerre
non-conventionnelle d’une manière non-conventionnelle.
La
commune d’El Maizal, dans l’État de Lara, a subi de plein fouet cette
guerre non-conventionnelle. Elle lutte pour récupérer un immense espace
de production, capable de produire bien plus. Faute de soutien
gouvernemental, en pleine guerre économique, la route a été longue pour
jeter les bases productives. Toute production d’envergure exige des
machines spécialisées, des conditions optimales et des espaces
disponibles qui permettent au cycle de se matérialiser. La guerre
économique met des machines hors d’usage, paralyse des technologies et
entrave de beaucoup de manières ce processus de production alimentaire.

C’est ici qu’entre en scène cette Equipe de Production Ouvrière
formée d’hommes et de femmes venu(e)s de tout le Venezuela avec des
connaissances dans divers domaines, acquises par l’expérience, pour
produire, réparer, faire de la politique depuis cette expérience, et
améliorer les conditions matérielles de production d’un espace aussi
précieux qu’El Maizal. Pour le compagnon Sergio Requena : « l’équipe
ouvrière productive est le fruit de l’enrichissement d’un processus qui
commencé au moment de la rencontre avec les travailleurs qui ont
récupéré l’usine de sardines « La Gaviota » dans l’état de Sucre.
Maintenant notre équipe couvre deux aspects, les usines et la production
paysanne, nous avons augmenté le nombre de personnes qui peuvent
participer à cette équipe comme outil du pouvoir populaire.”
Cette
treizième bataille productive a permis de franchir de grands pas :
récupérer les machines qui tombaient en désuétude faute de réparation,
les réfrigérateurs, les machines à semer, les réseaux électriques, les
ampoules. Toute une série de connaissances ont été partagées entre
métallurgistes et travailleurs ruraux, afin que les personnes occupant
l’espace sachent réparer et entretenir les machines, et disposent
d’outils pour fortifier le développement productif. Beaucoup reste à
faire au sein de la commune d’El Maizal où le pouvoir populaire n’est pas un simple slogan, mais une construction constante. La prochaine étape de cette équipe de production ouvrière
n’est pas encore fixée, mais il est certain que d’autres espaces en ont
besoin. Convaincre d’autres secteurs de la révolution, y compris les
institutions d’Etat, est un combat permanent.
Sergio Requena appelle les travailleurs urbains et ruraux à « rejoindre
ce mouvement qui cherche à essayer de résoudre depuis la base les
problèmes économiques existants par la réactivation des unités de
production du pays. En sachant comment résoudre nos besoins, nous serons
à même de renforcer la Révolution Bolivarienne. L’attaque que nous
avons subie est une attaque non-conventionnelle qui s’est manifestée,
entre autres, comme une attaque contre la sécurité alimentaire et, bien
sûr, une attaque contre l’intégration des unités de production, c’est
pourquoi notre équipe veut réparer ce tissu productif que le président
Chávez nous a appelé à créer, et y intégrer les unités territoriales des
communes. » Il n’existe pas de manuel pour construire le pouvoir
populaire mais c’est dans ce type d’initiatives, parmi tous ces hommes
et ces femmes de l’Equipe de Production Ouvrière bataillant pour appuyer
concrètement la commune d’El Maizal, qu’on sent vivre les idées d’Hugo
Chavez : « la Commune ou rien ».
Photos : Betzany Guedez et Juan José Moreno / Terra TV
Traduction : Julie Jaroszewski
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