Cervantes

Hoy es el día más hermoso de nuestra vida, querido Sancho; los obstáculos más grandes, nuestras propias indecisiones; nuestro enemigo más fuerte, el miedo al poderoso y a nosotros mismos; la cosa más fácil, equivocarnos; la más destructiva, la mentira y el egoísmo; la peor derrota, el desaliento; los defectos más peligrosos, la soberbia y el rencor; las sensaciones más gratas, la buena conciencia, el esfuerzo para ser mejores sin ser perfectos, y sobretodo, la disposición para hacer el bien y combatir la injusticia dondequiera que esté.

MIGUEL DE CERVANTES
Don Quijote de la Mancha.
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1 de junio de 2026

La Commune est la base de tout État

 

Publié par Venezuela infos dans État Communal, citoyenneté, commune, conseils communaux, démocratie participative, espace de vie, histoire de la révolution bolivarienne, Histoire du Venezuela avant la révolution bolivarienne, impérialisme, mouvements sociaux, transformation de l´État

L’autrice: Ximena González Broquen. Docteure en études politiques et en philosophie (EHESS, Paris), diplômée en philosophie de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, cette chercheuse vénézuélienne dirige depuis 2012 le Centre d’étude des transformations sociales de l’Institut vénézuélien de recherches scientifiques (IVIC). Elle est également, depuis 2026, coordinatrice internationale de la Red de Intelectuales, Artistas y Movimientos Sociales en Defensa de la Humanidad, qui articule les luttes intellectuelles et des mouvements populaires de Notre Amérique contre l’impérialisme et le colonialisme.

Au Venezuela, lorsque nous nous rappelons la répression de la Commune de Paris — cette « semaine sanglante » de mai 1871 —, nous ne le faisons pas comme quelqu’un qui écoute un écho lointain ou qui récite une leçon d’histoire poussiéreuse, mais parce que sa signification continue de nous interpeller.

La Commune dura à peine 72 jours, du 18 mars au 28 mai, mais dans cet infime laps de temps, le peuple de Paris démontra qu’il est possible d’organiser le pouvoir par en bas, avec la commune comme cellule fondamentale de l’État. La réaction du gouvernement en place, celui de Thiers, fut féroce : fusillades massives, bombardements d’une ville ouverte, emprisonnement et déportation de dizaines de milliers de personnes. Face à tant de barbarie, les mots de Victor Hugo résonnent comme une vérité éternelle : « Le cadavre est à terre, et l’idée est debout. » Cette idée de Commune — la même que le Comité central de la Commune proclama dans l’une de ses premières déclarations — est toujours vivante aujourd’hui, et au Venezuela elle s’est transformée en pratique quotidienne de libération.

La semaine sanglante : héroïsme et massacre

Durant ces derniers jours de mai 1871, ceux de la semaine sanglante que nous commémorons aujourd’hui, les membres de la Commune résistèrent de manière héroïque, quoique désordonnée, district par district, rue par rue, barricade après barricade, jusqu’au dernier souffle, jusqu’à ce 28 mai où tomba la dernière barricade de la Commune. Les membres de la Commune qui ne furent pas fusillés pendant ces journées de répression sanglante furent entassés comme des animaux dans les parcs et les gares — où la bonne société parisienne venait les voir comme dans un zoo — pour ensuite être exécutés et déportés en masse.

L’histoire que le gouvernement de Thiers a construite pour tenter de détruire la puissance transformatrice de la Commune fut celle d’un mouvement mené par des incendiaires, des alcooliques, des dégénérés sexuels et des femmes « dénaturées ». Afin de justifier et d’assurer la répression, le gouvernement de Thiers invente de nombreux « mythes » sur les communards, les transformant et les prescrivant à des assassins, des ivrognes, des voleurs et des bandits, utilisant la presse comme vecteur de haine et de peur, faisant circuler des photomontages montrant de pseudo-exécutions commises par eux et les présentant comme cruels et violents. L’un des mythes les plus frappants fut l’invention de la légende des pétroleuses pour qualifier les communardes, décrites comme des furies libérant du pétrole enflammé depuis les sous-sols afin de tuer ou mutiler les gens. Ce mythe fit que, durant la répression de la Commune et dans les semaines qui suivirent, toute femme « mal habillée » ou portant un pot à lait ou une bouteille vide était accusée d’être une pétroleuse, traînée, mise en pièces, abandonnée contre le mur le plus proche.

« La Commune est la base de tout État politique »

Mais au-delà de l’horreur du massacre, ce qui importe aujourd’hui dans le souvenir de la Commune de Paris, c’est la puissance de sa proclamation centrale, celle que son Comité central rend publique dans ses premières déclarations : « La Commune est la base de tout État politique ». Il ne s’agissait pas d’une réforme cosmétique, mais d’une refondation complète : l’État devait être construit par en bas, de la cellule de la commune jusqu’aux confédérations de communes, et ce n’est qu’ainsi que l’on pouvait parler de véritable souveraineté populaire.

Cette idée reste aussi radicale aujourd’hui qu’elle le fut alors.

Car elle porte l’idée-force d’une réorganisation de l’État à partir du territoire de vie, où la commune, comme autogouvernement populaire, constitue la cellule organique de l’édifice étatique. Elle est à la fois la base et l’horizon de sens à partir de quoi et pour lesquels l’État se déploie. Car la Commune de Paris, en tant que revendication de démocratie directe, exigea bien plus que la transparence, bien plus que la participation : elle mit en pratique le contrôle réel et direct, le pouvoir de s’auto-administrer et de s’autogouverner en commun.

Une révolution spontanée, un peuple sujet de son histoire

Le 18 mars 1871, qui donna naissance à la Commune, les Parisiennes et les Parisiens prirent, de manière spontanée, le contrôle direct de leur ville. Aucune organisation ne prépare cette révolution : ni le Comité central, ni la Garde nationale, ni l’Internationale. Les membres du gouvernement s’enfuirent à Versailles. Quel fut le sujet de la Commune ? La Commune de Paris fut une révolution menée par le peuple auto-organisé. Ce fut l’action de nombreuses personnes qui, ensemble et sans protagonistes individualistes, surent constituer, en un laps de temps minuscule, une véritable communauté révolutionnaire, c’est-à-dire, une commune.

Donner le pouvoir au peuple : les premières mesures

La première action de la Commune donna le ton : le Comité central de la Garde nationale, qui venait de prendre le pouvoir, entendait le remettre aux Parisiennes et aux Parisiens le plus rapidement possible. Sa première mesure, le lendemain — le 19 mars —, fut de convoquer des élections libres pour donner au peuple l’exercice réel et concret de sa souveraineté tout juste reconquise : « Le peuple a le droit de se convoquer lui-même. C’est un droit inaliénable. » Les actions du Comité dans les jours précédents furent rapides et décisives : il envoya des délégués s’emparer des ministères et des services publics, décréta la suppression de l’état de siège, l’abolition des conseils de guerre et l’amnistie pour tous les crimes et délits politiques. Il suspendit la vente des objets mis en gage, interdit aux propriétaires d’expulser leurs locataires, respecta la liberté d’une presse qui l’attaquait, et réorganisa la carte électorale sur la base d’un système proportionnel. Le 26 mars, ces élections eurent lieu et, le lendemain, le Comité central chargé de ses pouvoirs à la Commune, qui fut proclamée au nom du peuple et constitué par les délégués élus dans chaque circonscription.

Paris ne veut pas régner, mais être libre

Ce même 26 mars, la dernière déclaration du Comité fut plus que claire sur ses intentions révolutionnaires : « Citoyen, Paris ne veut pas régner, mais veut être libre ; il n’ambitionne d’autre dictature que celle de l’exemple, il ne prétend ni imposer ni abdiquer sa volonté ; il n’aspire pas à lancer des décrets, ni à supporter des plébiscites ; il démontre le mouvement en marchant, et prépare la liberté des autres en fondant la sienne propre. Il ne pousse personne à entrer violemment par la voie de la République ; il se contente d’y entrer le premier. »

La longue histoire de la commune, de l’Europe à l’Amérique

Après ce rappel, une question inévitable surgit : quel héritage nous laisse la Commune de Paris ?

Avant tout, il est important de se souvenir que le mot « commune » a une longue histoire en Europe, où il fut employé dès le Moyen Âge pour désigner des territoires autonomes et auto-administrés — c’est-à-dire libres de tout seigneur féodal —, ainsi que, par extension, pour faire référence aux terres communales d’usage collectif des villages paysans (les fameux « biens communs » du Moyen Âge européen), jusqu’à désigner une simple unité administrative de découpage territorial, comme c’est le cas aujourd’hui en France.

Et pour ne pas tomber dans une vision eurocentrée, il est également nécessaire de rappeler qu’ici même, au Venezuela, eut lieu une rébellion de Communeros en 1781, un siècle avant la Commune de Paris. Et que nos communes s’enracinent profondément dans les micro-Etats construits par nos peuples indigènes et par tous les ex-esclavisés, marronnes et marrons, qui reconstruisaient de nouvelles formes de sociétés au plus profond des montagnes. L’idéal de la commune — l’organisation de la vie en commune, avec des terres d’usage collectif et des décisions prises en assemblée — était déjà présent dans les formes de vie de nos peuples originaires, bien avant l’arrivée des Européens. Que nous enseigne cela ? Que la Commune de Paris ne doit pas être élevée au rang de modèle universel ni considérée comme l’unique origine légitime de la tradition communale. Chaque peuple, à partir de ses propres mémoires et pratiques, a développé des formes d’autogouvernement qui méritent d’être valorisées dans leur spécificité.

La Commune contre l’État bourgeois colonial

Quoi qu’il en soit, si aujourd’hui la Commune de Paris fait écho en nous, et particulièrement ici au Venezuela, c’est parce que sa force la plus profonde résida dans la remise en question, par la praxis, de l’institution centrale de la modernité coloniale, raciste, de classe et patriarcale : l’État bourgeois. La Commune de Paris s’est dressée fermement à partir de l’idée d’un pouvoir d’État qui doit se structurer de bas en haut, c’est-à-dire depuis la cellule de la commune jusqu’aux organes principaux de l’État, en visant la construction d’une « république de villes communales ».

Du territoire au pouvoir : l’expérience vénézuélienne

Cet héritage — celui d’un pouvoir qui naît des territoires et s’élève pour devenir une institution au service des communautés — est celui qui, aujourd’hui, se construit au Venezuela de manière plus profonde et systématique. L’expérience vénézuélienne des deux dernières décennies a démontré que la commune n’est ni une nostalgie du passé ni une copie de modèles étrangers, mais une nécessité politique du présent. Lorsque le peuple vénézuélien, à travers le pouvoir constituant de 1999, a décidé de refonder la République, il ne le fit pas pour changer le nom des institutions, mais pour transformer la base même du pouvoir, et ainsi modifier l’horizon de sens de ce que signifie le pouvoir, la démocratie et l’État.

Ce processus n’a pas été linéaire ni exempt de contradictions, mais ses fruits sont tangibles. La Loi organique des communes, le Plan des 7 Transformations (7T) — discuté dans des dizaines de milliers d’assemblées populaires — et les successives Consultations populaires nationales ont donné corps à ce que le commandant Hugo Chávez a appelé l’État communal. En quoi consiste-t-il ? En une nouvelle architecture du pouvoir où la souveraineté ne réside ni dans un parlement lointain ni dans un exécutif central, mais dans la capacité des communautés organisées à s’autogouverner, à décider de leurs ressources, de leur territoire, de leur économie, de leur vie quotidienne.

Conseils communaux et consultations populaires

Aujourd’hui, 28 mai 2026, ce projet continue d’avancer. Plus de quarante-sept mille conseils communaux sont actifs sur l’ensemble du territoire national. Les Consultations populaires, qui en 2025 ont atteint une participation massive, se sont approfondies en 2026. Une deuxième Consultation populaire nationale de 2026 est déjà convoquée pour le 12 juillet prochain. À cette occasion, pour la première fois, seront intégrés les conseils de copropriété (120 000 dans tout le pays) et les associations de voisins (15 000), élargissant encore davantage la base du pouvoir populaire. Chaque assemblée communale est une école de souveraineté : on y débat, on y fixe les priorités, on y exécute et on y contrôle.

Corresponsabilité et guerre multiforme contre le Venezuela

Dans ce faire quotidien se pratique la coresponsabilité, entendue non comme un principe moral abstrait, mais comme une éthique du faire commun : la certitude que le commun se construit ensemble, pas à pas, conflit après conflit, consensus après consensus.

Là, on résiste, et surtout, on réexiste.

Là se trouve notre offensive la plus profonde contre l’impérialisme, qui a déployé une guerre à multiples fronts contre le Venezuela : bombardement du 3 janvier, enlèvement de notre président constitutionnel Nicolás Maduro et de notre première combattante Cilia Flores ; blocus économique, sanctions criminelles, menaces militaires, guerre juridique et, surtout, une guerre cognitive permanente. L’attaque constante contre les capacités productives du pays et la tentative de nous dépouiller de nos richesses naturelles — pétrole, gaz, minéraux stratégiques, eau, biodiversité — constituant la sève qui alimente cette machine de destruction.

Criminalisation, pétroleuses et guerre cognitive

À cela s’ajoute, comme une ligne constante et non comme un fait isolé, une campagne de criminalisation persistante et historique, qui cherche à présenter le Venezuela comme un « narco-État » et ses dirigeants comme des narcotrafiquants, et qui prétend bestialiser nos dirigeantes, notre présidente par intérim. Les laboratoires de guerre cognitive du Nord actualisent sans cesse la même logique qui, en 1871, inventa la légende des « pétroleuses » pour déshumaniser les communardes de Paris : ils sèment le doute sur la loyauté de notre direction, sur l’unité du mouvement populaire, exacerbent des différences légitimes pour les transformer en fractures, et surtout, tentent de voler au peuple sa mémoire vivante. Ils cherchent à nous faire oublier qu’ici, au Venezuela, nous avons préservé et soutenu le fil constitutionnel, malgré le bombardement et l’enlèvement qui prétendaient dissoudre nos corps et nos structures de gouvernement ; nous avons maintenu et renforcé notre union, celle du pouvoir constitué et du pouvoir constituant. Chacune et chacun assumant son espace et son territoire de pouvoir, au milieu du champ de bataille, avec ses stratégies, ses propres silences et ses forces.

La mémoire vivante comme arme de résistance

Cette mémoire — qui ne se conserve pas dans les musées mais bat dans les corps et se transmet dans les pratiques quotidiennes — nous permet de reconnaître le schéma : le même qui voulait entrer dans la Commune sous le ciment d’une basilique, le même qui dissout le corps de Lumumba dans l’acide. Face à cette logique d’anéantissement, la mémoire vivante est une arme de résistance. C’est pourquoi, au Venezuela, on a compris que la mémoire n’est pas un ornement culturel, mais un outil stratégique de lutte. Cette archive vivante des résistances nous enseigne que nos ancêtres originaires, africains et paysans, trouvèrent des moyens de préserver l’essentiel, même dans les conditions les plus adverses. Cette sagesse se met aujourd’hui à jour dans la capacité des communes vénézuéliennes à s’adapter, à déjouer le blocus avec créativité, à maintenir vivante la production et le soin collectif malgré tout. À savoir comprendre, ressentir, penser les silences de nos dirigeants non comme des absences, mais comme une ingénierie de réélaboration politique, des espaces de manœuvre pour soutenir notre horizon révolutionnaire. Ensemble, hommes et femmes, en union.

La souveraineté comme pratique

En comprenant, comme l’avaient compris les communards de Paris, que la souveraineté ne peut être réduite à un attribut statique de l’État-nation. En rappelant que la souveraineté est une pratique, un faire constant qui embrasse de multiples dimensions : elle implique de maintenir vivant le corps-territoire collectif, la défense de la terre, de l’eau, des ressources stratégiques face au pillage impérial. Elle suppose aussi la capacité de se raconter soi-même avec ses propres mots, de construire une pensée propre depuis les assemblées populaires, les médias communautaires, les écoles de formation politique. Elle inclut le droit de réclamer l’histoire niée, de tresser des futurs de libération à partir d’un passé-présent de luttes.

Deux siècles après le Congrès de Panama

En cette année 2026, à l’occasion des célèbres deux cents ans du Congrès amphictyonique de Panama, Simón Bolívar a convoqué avec le rêve de réunir les nations tout juste libérées en un seul corps politique. Bolívar avertissait alors que, si nous ne nous unissons pas, les puissances européennes et l’émergence de la puissance nord-américaine nous domineraient séparément. Aujourd’hui, cette prophétie se réalise avec une cruauté accumulée. Dans tout le continent, l’offensive impérialiste à pris des visages sanglants : le renforcement du blocus contre Cuba, le coup d’État permanent contre la Bolivie, l’avancée de gouvernements d’extrême droite et fascistes qui livrent les ressources nationales et répriment leurs peuples. Face à cela, l’idée bolivarienne d’unité nous convoque aujourd’hui avec plus de force que jamais. Bolívar nous convoque toujours. Car la seule manière de résister est de tisser un front commun, un réseau d’alliances et d’unité entre les peuples du Sud, une unité qui n’est pas optionnelle mais condition urgente de survie, aujourd’hui plus que jamais.

Faire commune : une paix constituante

Parce qu’au centre de toutes ces dimensions se trouve la construction de la communauté comme pratique d’une paix constituante. Non pas la paix du silence, des accords d’élite, de la soumission à l’ordre établi. Mais la paix qui se forge dans le conflit assumé avec l’éthique, dans la dispute pour le sens du commun, dans la construction quotidienne d’un pouvoir qui ne se délègue pas mais s’exerce. Cette paix est, ni plus ni moins, le déploiement du pouvoir populaire constituant dans chaque recoin du territoire vénézuélien. Se souvenir qu’il se trouve là, dans les territoires, notre armée populaire de réserve : ces millions de femmes et d’hommes organisés que nous sommes et qui défendons ce qui ne peut être cédé : la terre — source de toute richesse et de tout travail vivant —, la mémoire et l’espérance. L’amour révolutionnaire. Et comme si le temps se répondait sur lui-même, souvenons-nous encore une fois des mots de Victor Hugo : le cadavre de la Commune de Paris est resté à terre, mais son idée est conservée debout.

La Commune comme horizon non négociable

Aujourd’hui, jour de commémoration et d’hommage aux communards et communardes de Paris tombés au combat, déportés et assassinés, depuis le Venezuela nous réaffirmons qu’il n’est pas question de négocier avec cet horizon de sens qu’est la commune. Ce n’est ni un objectif lointain ni un slogan de campagne. C’est l’horizon pour lequel on lutte à chaque instant, au jour le jour, malgré les défaites, malgré les humiliations, malgré l’acharnement permanent de l’empire et de ses laquais locaux. La dignité du peuple vénézuélien ne réside en rien d’autre que dans cette force d’aller de l’avant, dans cette capacité à se mobiliser encore et encore, à comprendre que les stratégies de défense de la vie ne peuvent être statiques. Qu’il ne s’agit pas d’un plan figé ni d’une simple séquence de faits prévisibles, mais de la force mouvante du pouvoir populaire organisé dans le champ de quotidien, celui qui a appris que le pouvoir n’est pas un lieu que l’on prend — comme s’il suffisait de prendre d’assaut un palais pour changer le monde — mais un territoire qui se construit, brique après brique, assemblée après assemblée, à partir du devenir de ce qui advient. La commune n’est pas un ornement ni une concession : elle est l’essence même d’un peuple qui a décidé d’être sujet de sa propre histoire, une élaboration politique constante, vivante, qui ne négocie pas ses horizons de sens.

Le pouvoir populaire au milieu de la guerre des récits

La commune vénézuélienne sait que la loyauté est celle envers la véritable vie du peuple et la possibilité de continuer à lutter. Et elle sait aussi que la véritable tragédie serait de permettre qu’un récit empoisonné, fabriqué dans les laboratoires de guerre cognitive du Nord, divise et paralyse celles et ceux qui construisent un monde nouveau. Au milieu de la guerre des récits qui prétendent installer des matrices de trahison — accusations de vendre la patrie, de déviation de la voie, de capitulation devant l’empire —, il est nécessaire alors d’apprendre à écouter les silences. Car tout ne se dit pas dans les déclarations officielles ni dans les communiqués de presse.

Dans les silences des communautés organisées, dans les pauses des assemblées où l’on pèse une décision difficile, dans l’écoute attentive des savoirs ancestraux qui n’ont pas besoin de crier pour être efficaces, là se forgent les stratégies les plus profondes.

Commune ou rien

La Commune de Paris, aujourd’hui, en ce jour de souvenir douloureux de sa sanglante répression, en définitive, nous appelle à nous repenser, à la lumière de ses réussites et de ses erreurs, dans la création de communes et la confédération de villes communales, idées lancées par notre commandant Chavez et qui sont en train de se construire, de se matérialiser, pas à pas, conseil communal par conseil communal, commune par commune, ici, au Venezuela. Marx disait de la Commune : « Ce fut la première révolution dans laquelle la classe ouvrière (que l’on peut étendre au pouvoir populaire) fut ouvertement reconnue comme la seule capable d’initiative sociale. »

Nous sommes la preuve que ce ne fut ni ne sera la dernière. Car aujourd’hui, au Venezuela, le pouvoir populaire constituant continue d’écrire sa propre histoire main dans la main avec le pouvoir constitué qu’il s’est donné, chacun depuis son espace, chacun depuis les défis que lui imposent les corrélations de forces existantes. Et tant qu’il y aura une commune debout, un conseil communal en assemblée, une femme décidant du destin de son quartier, un peuple qui refuse d’être effacé, l’idée de la Commune reste vivante.

Vivante comme pratique quotidienne, comme organisation dans les territoires, comme mémoire vivante qui refuse d’être enlevée, comme amour politique qui tisse le commun face à la barbarie. C’est pourquoi, depuis le Venezuela, avec la certitude qu’un autre monde est possible et qu’il est en train de se construire, nous réaffirmons : la commune est la base de tout État politique, et cet horizon n’est pas à vendre, ne se négocie pas, ne se rapporte pas. Il se vit, se lutte, se défend. « Commune ou rien !« 

Source : https://humanidadenred.org/la-comuna-es-la-base-de-todo-estado-ximena-gonzalez-broquen-venezuela/

Merci à Bernard Tornare pour la traduction.

Photos : Commune de Palmarito (état du Zulia, Venezuela), par Victor Hugo Rivera.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2026/06/01/la-commune-est-la-base-de-tout-etat/


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