Cervantes

Hoy es el día más hermoso de nuestra vida, querido Sancho; los obstáculos más grandes, nuestras propias indecisiones; nuestro enemigo más fuerte, el miedo al poderoso y a nosotros mismos; la cosa más fácil, equivocarnos; la más destructiva, la mentira y el egoísmo; la peor derrota, el desaliento; los defectos más peligrosos, la soberbia y el rencor; las sensaciones más gratas, la buena conciencia, el esfuerzo para ser mejores sin ser perfectos, y sobretodo, la disposición para hacer el bien y combatir la injusticia dondequiera que esté.

MIGUEL DE CERVANTES
Don Quijote de la Mancha.
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10 de junio de 2026

Qui se met dans la peau du Venezuela ?

 Publié par Venezuela infos dans Brésil, commune, Formation intégrale / formation sociopolitique, histoire de la révolution bolivarienne, impérialisme, Internationalisme/Solidarité, liberté d´expression, Médiamensonges / désinformation / propagande, médias participatifs / associatifs / communautaires / communication populaire, souveraineté communicationnelle, unité latino-américaine

L’autrice : la journaliste brésilienne Katia Marko est Rédactrice en chef du journal Brasil de Fato RS, vice-Présidente du Syndicat des Journalistes Professionnels de l’Etat de Rio Grande do Sul (SindJoRS) et coordinatrice générale du Forum national pour la démocratisation de la communication du Brésil (FNDC).

Photo : un cours de communication politique a réuni plus de 100 personnes de 23 pays à Caracas | Crédit : Communiqué de presse/Lauicom.

Il y a exactement cinq mois, le samedi 3 janvier 2026, je fus réveillée tôt par l’appel urgent d’un ami cher : « Les États-Unis ont attaqué le Venezuela, enlevé le président Nicolás Maduro et la députée Cilia Flores. Plus de 100 morts, principalement des jeunes.» Ce que j’ignorais alors, c’est que peu après, je poserai le pied pour la première fois dans ce pays qui suscite tant de « narratifs ».

Le 21 avril dernier, un autre appel est arrivé. Cette fois, c’était Yhonny Garcia Calles, coordinateur du Mouvement d’amitié et de solidarité Venezuela-Cuba, qui m’invitait à participer à la IIe Promotion internationale de communication politique à l’Université internationale de communication (LAUICOM), à Caracas.

Je suis arrivée au Venezuela le 10 mai, sans la moindre idée de tout ce que j’allais vivre durant ces quinze jours. J’ai découvert une ville en pleine effervescence, d’une grande beauté et aux habitants chaleureux. J’attendais ce moment depuis longtemps, en fait, depuis l’élection du commandant Hugo Chávez Frías en 1999. Au Brésil, mon cœur battait au même rythme que celui du peuple vénézuélien. J’ai suivi de loin le processus constituant qui a élaboré la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela, dont le préambule, d’ailleurs, mérite d’être lu et relu. J’ai également souffert à distance lors du coup d’État de 2002 et célébré le retour de Chávez porté par le peuple.


Photo : Dans une salle de l’Université de la Communication, une photo murale rappelle le préambule de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela | Crédit : Katia Marko

J’ai eu l’honneur de voir et d’entendre Hugo Chávez au campement du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST) à Tapes, lors du Forum Social Mondial de 2005. Son leadership et son charisme étaient incontestables. J’ai pleuré lorsqu’il a succombé à un cancer qui reste encore aujourd’hui très suspect. J’ai suivi le processus de formation des communes – autogouvernements populaires -, une tâche léguée à Nicolás Maduro par le Commandant Chávez. Et mon cœur et toute mon attention étaient là-bas le 3 janvier 2026.

Communication pour la libération

Débarquer au Venezuela, c’est un peu comme retrouver de vieux amis. Et c’est vraiment ce que j’ai ressenti pendant ces deux semaines passées avec plus de 100 personnes venues de 23 pays pour participer à cette riche rencontre consacrée à l’étude de « l’artillerie de la pensée », selon l’expression du libérateur Simón Bolívar. Toute l’Amérique latine était représentée, outre les États-Unis, l’Espagne, l’Arménie, le Mozambique ou la Russie. Journalistes, communicateurs, militants politiques et sociaux.

Après plus de 30 ans passés à travailler dans la communication populaire, je me suis sentie « chez moi ». J’ai découvert une université créée pour former des communicateurs.trices capables de relever les défis de la communication contemporaine et des batailles sémiotiques. Son objectif principal est de former des spécialistes, des chercheurs et des communicants à utiliser la sémiotique comme outil dans la « lutte pour le sens ». Elle vise à dépasser les écoles traditionnelles (fonctionnaliste et structuraliste) pour développer une sémiotique marxiste et critique.

L’institution abrite la Chaire Sean MacBride, qui redécouvre et actualise le Rapport MacBride de l’UNESCO de 1980 (« Un monde, plusieurs voix »). Cette chaire s’attache à dénoncer la concentration monopolistique des médias et à rechercher un nouvel ordre mondial de l’information et de la communication. La UICOM abrite également un laboratoire de sémiotique qui fait office de centre d’analyse et d’intervention. Son rôle est de déconstruire les « signes opérationnels », c’est-à-dire d’analyser des termes comme « narcoterrorisme », en les identifiant non pas comme des descriptions de faits, mais comme des opérations stratégiques qui créent un « blocage cognitif » dans l’opinion publique, l’amenant à accepter les interventions militaires ou les blocus économiques comme s’il s’agissait de mesures de sécurité. De plus, il dénonce la « manipulation du consentement », explique comment l’impérialisme fabrique des « métaphores absolues » (le bien contre le mal) pour criminaliser les États et masquer des motivations matérielles, telles que le contrôle des ressources énergétiques et pétrolières.

Ce projet a été conçu par Fernando Buen Abad, docteur en philosophie et actuel recteur international, en collaboration directe avec Hugo Chávez, afin de créer une structure capable d’apporter des réponses techniques et scientifiques à la manipulation industrialisée opérée par les grands monopoles médiatiques. Et le lieu ne pourrait être plus symbolique : l’ancien siège du journal El Nacional, qui l’a cédé à titre de dédommagement après un procès en diffamation contre le ministre Diosdado Cabello. Celui-ci a alors cédé la propriété du bâtiment pour créer cette université de la commmunication, ianugurée par le président Nicolás Maduro Moros le 4 décembre 2019. Aujourd’hui, le projet universitaire est dirigé par la députée Tania Díaz (PSUV), qui a pris ses fonctions de rectrice en mars 2022.

Photo : Fernando Buen Abad, docteur en philosophie et actuel recteur international, a conçu le projet Lauicom en collaboration avec Hugo Chávez | Crédit : Communiqué de presse/Lauicom

Dans ses cours de sémiotique critique, inspirés par les concepts d’Umberto Eco, Buen Abad soutient que la guérilla sémiotique est une forme d’intervention politique où les forces populaires utilisent la créativité et la science pour déstabiliser le récit hégémonique. Il s’appuie sur l’histoire du « Magicien d’Oz » comme métaphore centrale pour expliquer la « science des apparences » et le fonctionnement des machines de guerre idéologiques. Buen Abad montre cette scène finale du film où, après un long périple semé d’embûches, on découvre que l’« énorme monstre » qui menaçait et terrifiait tout le monde n’était en réalité qu’une supercherie orchestrée par un « vieil homme » caché derrière un rideau, manipulant tout l’appareil technologique. Le monstre représente les apparences fabriquées, le discours hégémonique, les fausses informations et les stigmates créés pour effrayer la population. Le rideau symbolise l’appareil médiatique et les flux idéologiques qui dissimulent la réalité matérielle et les intérêts de classe. Finalement, le magicien (le vieil homme) représente les détenteurs du capital, les laboratoires de guerre psychologique et surtout, les « experts » salariés qui fabriquent ces monstres pour maintenir le contrôle social.

L’auteur soutient que des équivalents de ce « magicien » existent partout, créant des monstres qui angoissent et paralysent les individus afin qu’ils acceptent l’exploitation. La tâche de la sémiotique émancipatrice est donc de démanteler ce « théâtre » et de montrer que le pouvoir de ces monstres réside dans la manipulation technique et symbolique, permettant ainsi de comprendre à nouveau la réalité dans sa profondeur matérielle et historique.

Pour Buen Abad, la sémiotique ne doit pas se limiter à un simple exercice de classification des signes, mais devenir un outil pour « lever le voile ». À ses yeux, les inversions idéologiques fonctionnent comme une « théologie communicationnelle » qui érige le pouvoir impérial en sauveur universel, tandis que toute forme de résistance ou de souveraineté est perçue par l’opinion publique comme une « menace diabolique ». Selon le philosophe, nous vivons une guerre de quatrième génération où les esprits humains sont les « champs de bataille », et nous sommes confrontés à la plus grande migration cognitive de l’histoire.

La révolution ne sera pas télévisée.

Photo : en mai 2025, le Venezuela a inauguré à Caracas la Place de la Victoire de la Grande Guerre patriotique contre le nazisme et le fascisme, en hommage aux 27 millions de Soviétiques tués pendant la Seconde Guerre mondiale. Crédit : Katia Marko

Pour paraphraser le documentaire réalisé par les cinéastes irlandais Kim Bartley et Donnacha O’Briain, qui a révélé au monde les coulisses du coup d’État contre le gouvernement du président Hugo Chávez en avril 2002, je peux affirmer que ce que j’ai vu et vécu à Caracas éclipse ce qui est relayé par les grands journaux, les chaînes de télévision et de radio, ou encore les réseaux sociaux de la Silicon Valley. L’essentiel ne nous a pas échappé. Nous avons ressenti, profondément, le monde nouveau qui se dessine.

J’en suis revenu enrichi d’un savoir précieux. Plus de 120 heures de cours sur l’histoire, l’économie, la quête de sens, le « meilleur des mondes » de l’intelligence artificielle, la guerre cognitive, la dictature des fausses nouvelles, le fascisme technologique, l’analyse critique du discours, le leadership, l’agitation politique… Mais, bien plus que cela, j’ai vu un peuple uni, construisant son pouvoir populaire. Un peuple conscient que la plus grande arme est le collectif. Et qui a désespérément besoin d’étudier son histoire, de connaître ses véritables héros et de mettre les moyens entre les mains de la classe ouvrière.La visite des communes m’a permis de comprendre réellement ce que signifient la conscience de classe et le pouvoir populaire. Je n’oublie pas

Un peuple qui a résisté aux blocus et aux attaques pendant plus de 20 ans. Un peuple qui a été bombardé, dont le président et l’épouse ont été enlevés sans véritables accusations, et qui vit sous le joug de l’empire. Un peuple organisé en 5418 communes et des milliers de conseils communaux, majoritairement dirigés par des femmes. Au Venezuela, l’avenir ancestral, communarde et féministe, est déjà en marche.

Un peuple qui nourrit en son cœur le mythe de Simón Bolívar, Hugo Chávez et Nicolás Maduro. Un peuple qui ne souhaite qu’une chose : vivre en paix. C’est pourquoi la présidente par intérim, Delcy Rodríguez, investie de la mission conçue conjointement avec Maduro, parcourt le pays. Comme l’a rappelé la mairesse de Caracas, Carmen Meléndez, lors de notre visite à la Casa del Obrero : « La dernière proclamation de notre commandant Chávez fut : “Des temps difficiles s’annoncent.” Mais face à ces temps difficiles, “unité, unité, unité des patriotes !” » Elle a même demandé : « Qui peut se mettre dans la peau de Delcy ? »

Photo : En fin d’après-midi, dans la commune de Fort Tiuna, nous sommes allés écouter les témoignages des victimes du bombardement du 3 janvier 2026 | Crédit : Katia Marko

Un soir, nous sommes allés danser la salsa dans le quartier populaire de San Agustín. En partant, j’ai vu des enfants jouant au basket. J’ai dit à un des garçons : « Je veux te voir marquer un panier. » Il m’a regardée du coin de l’œil, un peu méfiant, comme s’il se demandait : « Qui est cette étrangère qui se moque de moi ?» Puis il s’y est mis, a essayé une fois, a raté, essayé une deuxième fois, a raté aussi ! Au troisième essai, il a marqué le point et a fêté ça ! Voilà comment sont les Vénézuéliens ! Je me souviens d’un magnifique et émouvant discours d’adieu prononcé par mon frère cubain, le docteur en philosophie et professeur d’université Carlos Alberto Suárez Arcos. Simón Bolívar avait deux montures principales : une jument noire nommée Tormenta, qu’il utilisait quotidiennement pour ses déplacements grâce à sa force, et un cheval de guerre blanc nommé Palomo. Selon les mots de Carlos, le peuple vénézuélien a appris à « marcher sur la tempête », tout comme Bolívar le faisait lors de ses voyages quotidiens. Résister, avancer et persévérer, même au cœur des crises et des difficultés les plus extrêmes. Et aujourd’hui, « chevaucher la colombe » (la paix) pour mener leur guerre et remporter la victoire.

Qu’attend de nous ce peuple qui résiste en première ligne de la construction de la Patria grande ? Du courage ! En ce moment, notre rôle, en tant que frères et sœurs, est d’unir nos voix pour la libération de Nicolás et Cília et contre les sanctions et le blocus criminel imposés par les États-Unis au Venezuela et à Cuba. Le Secrétaire d’Etat et Conseiller à la Sécurité Nationale de Trump, Marco Rubio, vient de déclarer : « une grande partie de l’Amérique latine est à présent alignée sur les États-Unis ». Parmi les exceptions, il a cité « le Nicaragua, Cuba, le Venezuela, la Colombie et le Brésil ». Pour lui, « après deux décennies de négligence, notamment face à la Chine, il est temps que les USA rétablissent leur influence ». Les cartes sont sur la table ; l’aveugle est celui qui ne veut pas voir. Le Venezuela n’est pas une menace, mais un espoir.

Katia Marko

Source : https://www.brasildefato.com.br/2026/06/03/quem-veste-os-sapatos-da-venezuela/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2026/06/10/qui-se-met-dans-la-peau-du-venezuela/