Cervantes

Hoy es el día más hermoso de nuestra vida, querido Sancho; los obstáculos más grandes, nuestras propias indecisiones; nuestro enemigo más fuerte, el miedo al poderoso y a nosotros mismos; la cosa más fácil, equivocarnos; la más destructiva, la mentira y el egoísmo; la peor derrota, el desaliento; los defectos más peligrosos, la soberbia y el rencor; las sensaciones más gratas, la buena conciencia, el esfuerzo para ser mejores sin ser perfectos, y sobretodo, la disposición para hacer el bien y combatir la injusticia dondequiera que esté.

MIGUEL DE CERVANTES
Don Quijote de la Mancha.
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20 de junio de 2024

COMMENT LES MÉDIAS FRANÇAIS PRÉPARENT LA VIOLENCE DE L’EXTRÊME DROITE AU VENEZUELA.

 Publié par Venezuela infos dans déstabilisation et violences de la droiteEntreprise publique nationale du pétrole PDVSAEtats-UnisGuerre économiquehistoire de la révolution bolivarienneimpérialismeMédiamensonges / désinformation / propagandepolitique pétrolière

Un matin, parce que c’est la seule qui ne passe pas de pub, on écoute une radio publique parler des présidentielles du 28 juillet au Venezuela : « Nicolas Maduro apparaît treize fois sur le bulletin électoral » ; « Le Venezuela refuse les observateurs internationaux ». Avant de passer à l’antenne, le pigiste du service public a sans doute allumé son ordinateur pour « s’informer » via les agences et médias du monde entier : « Nicolas Maduro apparaît treize fois sur le bulletin électoral », « Le Venezuela refuse les observateurs internationaux ».

« Nicolas Maduro apparait treize fois sur le bulletin électoral ». Logique, puisque 13 partis de gauche appuient sa candidature… Les 25 partis d’opposition – soit le double de ceux qui appuient Maduro – occupent la majorité du bulletin. On pourrait donc constater le pluralisme d’élections où se présentent 38 organisations politiques qui vont de l’extrême gauche à l’extrême droite (1). Priver l’audience de ce contexte et répéter que « Maduro apparaît treize fois » ne sert qu’à réactiver 24 ans de désinformation qui ont fait de la révolution bolivarienne une « dictature ».

Dans l’isoloir, ce bulletin s’affiche sur un écran numérique. L’électeur/trice choisit et vote de manière tactile pour le parti de son choix, lance l’impression de son vote sur papier, le vérifie et le dépose dans l’urne proche. Tous les délégués de partis ou observateurs internationaux peuvent ainsi comparer les votes électroniques avec les votes imprimés, partout où ils le souhaitent. Ce double système de vote a fait dire dès 2012 à Jimmy Carter qu’«en le comparant aux 92 processus électoraux que j’ai observés dans le monde entier, le système vénézuélien est le meilleur du monde».

« Le Venezuela refuse les observateurs internationaux ». Comme d’habitude, le Centre National Électoral vénézuélien (CNEa invité de nombreux experts électoraux comme celles et ceux du Groupe d’experts électoraux de l’ONU (déjà sur place), du Centre Carter (qui arrivera le 29 juin), du Conseil des Experts Électoraux d’Amérique Latine (CEELA) – déjà présent, et qui regroupe des président(e)s de tribunaux électoraux de pays de tous signes politiques, de l’Union Interaméricaine des Organismes Électoraux (UNIORE), déjà présente, ou encore de l’Observatoire de Réflexion Stratégique pour l’Intégration Régionale (OPEIR). En plus de l’ONU, le CNE a invité la Communauté des États d’Amérique Latine et des Caraïbes (CELAC), la Communauté des Caraïbes (CARICOM), l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), les BRICS, d’autres pays en particulier et près de 250 personnalités du monde entier, journalistes, délégué(e)s de mouvements sociaux, activistes des droits humains. Les élections les plus récentes (2021) ont été validées comme « transparentes, démocratiques » par la grande majorité des observateurs internationaux. (2)

Invitée elle aussi, l’Union Européenne a ensuite décidé de reconduire (en mai, peu après Joe Biden) ses sanctions contre la révolution bolivarienne. Dénoncées par les expert(e)s de l’ONU, ces mesures coercitives génèrent de grandes souffrances sociales. Le Center for Economic and Policy Research (CEPR, Washington) estime qu’elles ont entrainé la mort de 100.000 patients, privés de médicaments. La reconduction par l’UE de ces sanctions inhumaines visant à influencer les électeurs la disqualifie comme « observatrice impartiale ». Le Centre National Électoral a donc annulé son invitation, suscitant la protestation immédiate de Washington : « Le peuple vénézuélien devrait pouvoir choisir son prochain président dans des élections crédibles, transparentes et compétitives, soutenues par l’observation internationale ». Voilà pourquoi votre télé, radio ou journal, « publique » ou privée, affirme que le Venezuela « refuse les observateurs étrangers »…

Pourquoi cette nouvelle campagne des médias contre la démocratie au Venezuela ? D’abord parce que la droite, qui a demandé et appuyé les sanctions occidentales contre le Venezuela, reste impopulaire. Depuis plusieurs mois, les sondages les plus sérieux donnent au candidat de gauche Nicolas Maduro une avance de près de 30% sur le candidat ultra-libéral Edmundo Gonzalez. Une marge semblable à celle qui a permis à la progressiste Claudia Sheinbaum de remporter le 2 juin la présidentielle au Mexique face à la candidate de l’ultra-libéralisme. Bien sûr, avec ses nombreux instituts et ONGs, la droite a de quoi mener la guerre des sondages. Reste qu’un des instituts privés les plus fiables – Hinterlaces – qui a déjà prédit avec exactitude le résultat des scrutins antérieurs – confirme l’avance de Maduro.

La chaîne de télévision états-unienne Univision (qui ne porte pas dans son cœur la révolution bolivarienne) a publié puis éliminé de son site une note prédisant la victoire du mandataire bolivarien. Une campagne mondiale bien huilée. En moins d’une semaine, le New York Times a publié trois articles traitant le président élu du Venezuela d' »autoritaire » : « Rencontrez le candidat qui défie le président autoritaire du Venezuela » (5/6/24) ; « Les candidats d’une émission de téléréalité se disputent le jingle de campagne d’un président autoritaire » (24/5/09) ; « Les élections peuvent-elles forcer le dirigeant autoritaire du Venezuela à quitter le pouvoir ? » (5/11/24) (3)

C’est en comparant les deux programmes qu’on comprend mieux la désinformation. Maduro et la gauche défendent la croissance de l’État et des services publics, l’approfondissement de la démocratie participative et la coopération avec le monde multipolaire, au moment où le pays sort lentement du blocus occidental et affiche pour la troisième année, la croissance la plus élevée du continent (CEPAL-ONU) (4). Edmundo Gonzalez et la droite défendent une thérapie de choc à la Milei : éliminer l’État, privatiser tout ce qui peut l’être, remettre le pays sur orbite des États-Unis, réprimer l’inévitable mobilisation sociale qui suivrait. Nul hasard si le candidat de la droite, Edmundo Gonzalez, est un ex-employé du Plan Condor, et si sa mentore la putschiste Maria Corina Machado a signé avec le Likoud israélien un accord portant sur « la sécurité » (5). Le 28 mai, le journal d’opposition « El Universal » a révélé qu’elle a écrit dès 2018 à Netanyahu pour l’implorer de l’aider à « changer le régime », y compris via une intervention militaire. Le 16 mai, le site Venezuela News a expliqué, preuves à l’appui, comment Machado a reçu un pot-de-vin de 3,2 millions de dollars d’un lobby américain pour vendre la compagnie publique du pétrole (PDVSA) en cas de victoire de son poulain aux présidentielles.

Photos ci-dessus : mobilisation des travailleurs avec Nicolas Maduro, le 1er mai 2024 à Caracas. Manifestation pro-Guaido de l’extrême droite vénézuélienne. Accord de la putschiste d’extrême droite Maria Corina Machado avec le Likoud. La même, à Washington. Et faisant campagne en 2024 au Venezuela pour son poulain présidentiel, Edmundo Gonzalez. Ce dernier a déclaré qu’il se sentait « pas assez fort physiquement » pour faire campagne dans les rues et qu’il laissait cette tâche à María Corina Machado.

Alors que Nicolas Maduro a proposé et a signé avec les autres candidats un accord mutuel de reconnaissance des résultats, le candidat principal de la droite est le seul à s’y refuser. L’internationale médiatique prépare l’opinion mondiale à un « changement de régime » par des voies non électorales. Nul doute que les médias relookeraient les violences en « révoltes populaires contre la fraude du dictateur», et un nouveau coup d’État en « restauration de la démocratie ». C’est pourquoi les démocrates du monde entier doivent être particulièrement vigilants quant aux les élections présidentielles au Venezuela.

« C’est fou ce que les français se laissent influencer par les médias » pleure une amie à qui je parle de la campagne en cours. Il y a 40 ans, Ignacio Ramonet, Noam Chomsky, etc.. avaient expliqué les conséquences de la concentration capitaliste des médias. L’inaction de la gauche fait qu’il reste autant de différence entre une radio publique et privée qu’entre une banque publique et privée. La « circulation circulaire de l’information » (Bourdieu) des années 90 prend presque des airs de pluralisme (5). Aujourd’hui, les communicants rappellent au dirigeant de gauche qui hâte le pas vers la forêt de micros ou se fait maquiller dans les loges de la télé, qu’il ne faut surtout pas prononcer le mot « Venezuela ». Alors que le piège se referme sur elle, la gauche occidentale n’a pas compris que la révolution bolivarienne fut un banc d’essai parmi d’autres de la transformation du réel en son contraire – en l’occurrence de la démocratie participative la plus avancée du monde, incarnation de tant de rêves de gauche -, en « dictature ».

Thierry Deronne, Caracas, le 20 juin 2024.

Notes :

  1. Sur le bulletin, l’ordre des partis se base sur le pourcentage des votes obtenus ou, dans le cas des nouvelles formations, à l’année d’enregistrement légal.
  2. « Venezuela: les observateurs internationaux saluent la transparence du scrutin »  https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/11/23/venezuela-alors-que-les-observateurs-internationaux-saluent-la-haute-transparence-du-scrutin-des-leaders-de-la-droite-appellent-a-tourner-la-page-du-putschisme-de-guaido/
  3. https://venezuelanalysis.com/opinion/nyt-ramps-up-venezuela-propaganda-ahead-of-elections/
  4. « Maduro est-il devenu néo-libéral ? » https://venezuelainfos.wordpress.com/2023/04/21/nicolas-maduro-est-il-devenu-neo-liberal/
  5. « Du Plan Condor au « plan perroquet » : la droite a son candidat pour affronter Nicolas Maduro » https://venezuelainfos.wordpress.com/2024/05/25/du-plan-condor-au-plan-perroquet-la-droite-a-son-candidat-pour-affronter-nicolas-maduro/
  6. A propos de la longue histoire de désinformation de France Culture sur le Venezuela, on peut lire aussi « Thomas Cluzel ou l’interdiction d’informer sur France Culture » (2015) https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/12/thomas-cluzel-ou-linterdiction-dinformer-sur-france-culture/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2024/06/20/comment-les-medias-francais-preparent-la-violence-de-lextreme-droite-au-venezuela/

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