De Kobanê, en
Syrie, à Tikrit, en Irak, les forces antidjihadistes tentent de
progresser tandis que les alliés de Daech au Nigeria et aux Philippines
négocient pour libérer leurs otages. Au Liban, la guerre contre l’État
islamique paralyse la classe politique et rend le pays ingouvernable.
Kobanê, la lutte à mort
On
les croyait affaiblis, ils ont une nouvelle fois répliqué. Après plus
d'un mois de siège de Kobanê, qui a fait au moins 700 morts, les
djihadistes de Daech (acronyme arabe de l'État islamique — EI) ont lancé
samedi une nouvelle attaque sur la troisième ville kurde de Syrie.
Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), cette
offensive a été rendue possible par l'arrivée de renforts (armes,
munitions, équipements) depuis les provinces d'Alep et de Rakka, le fief
de l'EI. C'est par l'est et de nuit que l'organisation sunnite radicale
a tenté une nouvelle percée. Son objectif, depuis dix jours, reste le
même : pousser son avantage vers le nord de la ville et s'emparer du
poste-frontière qui marque la séparation entre Turquie et Syrie. Ainsi,
les djihadistes encercleraient leurs adversaires et couperaient toute
possibilité de renfort et d'aide venus de Turquie.
Entre
vendredi et samedi, plus de 30 obus de mortier se sont abattus sur
cette zone. Mais selon Idriss Nahsen, un officiel de la ville, les
milices kurdes YPG (Unités de protection du peuple), appuyées par des
éléments de l'Armée syrienne libre, seraient parvenues à les repousser.
Ce nouvel assaut de l'EI vient conclure une semaine qui a plutôt été à
l'avantage des Kurdes. Alors que Daech contrôlait 50% de la ville
dimanche dernier, l'organisation a dû depuis reculer, notamment à
l'ouest et au sud. Une situation due en partie à l'intensification des
bombardements aériens de la coalition internationale en lutte contre
Daech. Vendredi, Anwar Moslem, un responsable kurde de Kobanê,
expliquait que ces raids ont "détruit beaucoup de véhicules et des
pièces d'artillerie de l'EI. On voit les corps des combattants dans les
rues".
L'Irak, la priorité des américains
Si
la bataille de Kobanê occupe une partie de l'attention médiatique,
c'est bien l'Irak qui concentre celle des militaires américains de la
coalition. Le général Lloyd Austin, chef du commandement militaire
américain chargé de la région, a souligné vendredi que l'Irak était la
"priorité" de Washington et devait "le rester". Samedi, les frappes ont
visé des positions djihadistes près de Baïji, au nord de Bagdad, où se
trouve une raffinerie de pétrole, et autour du barrage de Mossoul, dans
le nord. La veille, les forces de sécurité irakiennes, appuyées par des
frappes aériennes, ont lancé une offensive sur Ramadi, le chef-lieu de
la province d'Al-Anbar, contrôlée à 85 % par Daech. Une autre opération a
été menée plus au nord, sur Tikrit.
Si Bagdad
reste hors de portée pour Daech, il y fait peser une pression de plus en
plus forte, notamment par la multiplication des attentats : 23 morts
encore vendredi dans l'explosion de trois voitures piégées. Seule
nouvelle encourageante dans ce tableau bien sombre : depuis samedi,
l'Irak dispose enfin d'un gouvernement au complet. Après des semaines de
tractations, le Parlement a finalement approuvé les nominations des
ministres, notamment ceux, primordiaux, en charge de l'Intérieur et de
la Défense. "Il s'agissait de postes cruciaux à attribuer dans le cadre
des efforts contre l'EI, s'est félicité le secrétaire d'État John Kerry.
Nous sommes très satisfaits".
La Turquie, faux ami de l'Otan?
Malgré
la pression internationale, Ankara, pourtant membre de la coalition,
poursuit sa surprenante stratégie, qui consiste à ne rien faire tout en
empêchant les volontaires kurdes d'aller rejoindre leurs frères d'armes à
Kobanê. Ankara, qui renvoie Daech et les Kurdes dos à dos, a aussi
refusé de mettre ses bases aériennes à la disposition de ses alliés.
"Une attitude pas tenable, estime Dorothée Schmid, spécialiste de la
région à l'Ifri (Institut français des relations internationales). La
Turquie a toujours eu une position à géométrie variable avec l'Otan mais
son armée refuse toute modification de frontières qu'entraînerait une
victoire kurde en Syrie", comme si elle voulait avoir tous les avantages
d'être membre de l'Alliance sans en subir les inconvénients.